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Filière cacao un audit réclamé sur les 291 milliards FCFA du fonds de stabilisation



Six mois après la grave crise provoquée par l'effondrement des cours mondiaux du cacao, le programme exceptionnel de rachat des stocks invendus financé par le fonds de stabilisation, à hauteur de 291 milliards de FCFA, est officiellement achevé. Toutefois, sur le terrain, plusieurs coopératives affirment n'avoir jamais pu écouler leurs fèves, relançant le débat sur la transparence de cette opération, à quelques semaines de l'ouverture anticipée de la campagne cacaoyère 2026-2027.

Au début de l'année 2026, la chute de plus de 70 % des prix du cacao sur les marchés internationaux a profondément ébranlé la filière ivoirienne. Face à cette situation, les multinationales, qui absorbent près de 80 % de la production nationale, ont suspendu leurs achats, laissant des milliers de tonnes de fèves invendues dans les zones de production.

Cette crise a rapidement plongé de nombreux producteurs dans de graves difficultés financières. Malgré le prix garanti de 2 800 FCFA le kilogramme fixé par le gouvernement, de nombreux planteurs n'ont plus trouvé de débouchés pour leur récolte.

Pour répondre à cette urgence, l'État ivoirien a activé le fonds de stabilisation et mobilisé 291 milliards de FCFA afin de racheter les stocks invendus. Un recensement réalisé du 15 au 18 janvier 2026 par le Conseil du Café-Cacao a permis d'identifier 123 000 tonnes de cacao détenues par près de 1 400 coopératives.

Par la suite, environ 21 000 tonnes ont été achetées directement par les exportateurs, réduisant le volume à prendre en charge par le programme public à près de 102 000 tonnes.

La conduite de cette opération a été confiée à l'Organisation interprofessionnelle agricole du secteur café-cacao (OIA Café-Cacao), chargée de désigner les coopératives autorisées à livrer leurs stocks dans les usines d'Abidjan et de San Pedro. De son côté, le Conseil du Café-Cacao assurait le contrôle de la qualité, l'usinage, l'exportation ainsi que le paiement des coopératives via l'OIA.

Si l'OIA affirme aujourd'hui que l'opération est totalement achevée, plusieurs coopératives soutiennent pourtant qu'elles figuraient parmi les stocks recensés en janvier mais qu'elles n'ont jamais été appelées à livrer leur cacao.

Cette situation soulève plusieurs interrogations. Les coopératives concernées faisaient-elles réellement partie de l'inventaire officiel ? Si oui, pour quelles raisons n'ont-elles pas bénéficié du programme ? Quelles sont les coopératives effectivement retenues et quelles quantités ont-elles pu commercialiser au prix garanti de 2 800 FCFA le kilogramme ?

Face à ces préoccupations, plusieurs acteurs estiment qu'un bilan détaillé de cette opération est désormais indispensable. Ils appellent notamment à la publication de la liste des coopératives bénéficiaires ainsi que des volumes rachetés, afin de garantir une totale transparence sur l'utilisation des 291 milliards de FCFA mobilisés.

Des voix plaident également pour la réalisation d'un audit de la gestion du fonds de stabilisation et du processus de sélection des coopératives, dans le but de renforcer la bonne gouvernance et la confiance des producteurs envers les institutions de la filière.

Avec l'ouverture de la nouvelle campagne cacaoyère avancée au 1er septembre 2026, contre le 1er octobre habituellement, de nombreux observateurs estiment qu'il est urgent de tirer toutes les leçons de la campagne écoulée. Pour eux, une filière aussi stratégique pour l'économie ivoirienne ne peut entamer une nouvelle saison sans apporter des réponses claires aux nombreuses zones d'ombre qui persistent sur la gestion de cette crise.



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